La photo infrarouge en numérique

Abonnement par e-mailBonjour à tous,

Cette fois-ci, je vais vous proposer un dossier sur une technique un peu particulière, mais qui je l’espère, vous plaira. Cette technique, nécessitera cependant un petit investissement financier de votre part. Je reviendrai sur le matériel plus tard dans l’article.

Voici tout d’abord un exemple de ce que l’on appelle « photo infrarouge »:

SONY DSCCette technique est caractérisée par des photos où les bleus du ciel et de l’eau sont très profonds et la végétation apparait blanche, comme saupoudrée d’un fin manteau de neige. Pour des portraits, l’iris de l’oeil devient bleu-gris, et les cheveux bleus. J’ai même pu constater parfois que certains vêtements devenaient légèrement transparents.

Pour commencer ce dossier, je pense qu’il est important de se remémorer ce qu’est l’infrarouge !

  • Qu’est-ce que l’infrarouge ?

L’œil humain est capable de percevoir des lumières de longueurs d’onde comprises entre 400 nm (violet) et 700nm (rouge) environ. Les infrarouges (IR) sont les longueurs d’onde supérieures à 700 nm.

Spectre de la lumière blanche

Spectre de la lumière blanche

Le spectre lumineux capté par un appareil photo est plus étendu que celui d’un œil humain. Il est capable de « voir » des ultraviolets (à partir de 200 nm), mais également des infrarouges (jusqu’à presque 1200 nm).

Pour expliquer simplement: de manière à améliorer les images produites par nos appareils photos, il y a plusieurs filtres sur les capteurs, dont un filtre anti-infrarouges. Ces filtres ne sont, bien heureusement, pas sans faille, et laissent quelques infrarouges passer, nous permettant de faire ce type de photos.

Il est possible de retirer le filtre anti-IR du capteur, et j’en montrerai l’exemple tout à la fin de l’article.

La photo infrarouge, consiste à supprimer la lumière visible, et ne laisser passer que les infrarouges, en utilisant un filtre qui vient se placer sur l’objectif.

  • De quoi ai-je besoin ?

D’un appareil photo !

Comme pour toutes les photos me direz-vous ! De manière générale, on peut faire de l’infrarouge avec n’importe quel boitier, mais certains sont tout de même plus adaptés, car plus sensibles au rayonnement infrarouge que d’autres. En fait, c’est plutôt le filtre anti-IR, dont je vous ai parlé précédemment, qui est plus ou moins efficace en fonction des appareils. Ces appareils photos ont cependant un problème. Imaginez, je vous ai dit qu’ils avaient un filtre anti-infrarouges, et devant l’objectif, on place un filtre qui ne laisse passer que les infrarouges. Vous voyez le problème ? Très peu de lumière va passer, les temps de poses seront donc très très longs et un trépied sera nécessaire.

Il existe donc un deuxième type d’appareil photo. Ceux qui sont « défiltrés », sur lesquels le filtre anti infrarouges a été retiré. Les temps de pose seront donc raccourcis, on peut prendre des photos à main levée. Le retrait de ce filtre est risqué car on peut rayer le capteur. Certains professionnels peuvent vous le faire moyennant finances mais l’opération est définitive ! Pas de marche arrière possible, mais si vous aimez vraiment l’infrarouge, le retrait du filtre deviendra nécessaire, pour imaginer faire autre chose que des paysages en pose longue, du portrait par exemple.

Si vous souhaitez tout de même le faire, je mettrai quelques photos au bas de l’article, pour que vous vous rendiez compte du travail

D’un objectif !

Certains objectifs sont inadaptés à la photo infrarouge, à cause du traitement des lentilles optimisé pour la lumière visible. On voit apparaitre une tache, au centre de la photo, appelée « hot spot ». La photo est alors inexploitable hormis en noir et blanc.

On distingue très clairement une tache rouge au centre de l'image

On distingue très clairement une tache rouge au centre de l’image

Vous pourrez trouver sur ce site une petite liste d’objectifs utilisables : http://dpanswers.com/content/irphoto_lenses.php
On utilise souvent des vieux objectifs, principalement en monture m-42 (adaptable avec cette bague)

D’un filtre !

Pour ce type de photo, on doit placer un filtre devant l’objectif. Comme beaucoup, j’utilise le filtre Hoya R72 qui bloque toutes les longueurs d’onde en dessous de 720 nm. C’est une valeur sûre. Il en existe d’autres marques, notamment chez B+W ou Lee filter, mais aussi qui bloquent la lumière à partir d’autres longueurs d’onde (850 nm par exemple).

D’un trépied !

Si vous n’avez pas défiltré votre appareil, les temps de pose seront au moins de l’ordre de la seconde ou de la dizaine de secondes en plein soleil, un trépied robuste est donc nécessaire (test d’un trépied robuste, à un prix abordable). Une télécommande peut être utile également, en complément du trépied, pour éviter les flous de bougé.

D’un logiciel de traitement !

Un logiciel de traitement est obligatoirement nécessaire pour ce type de photo. J’utilise photoshop, mais d’autres doivent également fonctionner. Il faut qu’il y ait une fonction « mélangeur de couches » qui permet d’interchanger les valeurs de couleurs (vous comprendrez mieux en regardant le traitement plus tard dans l’article).

  • La prise de vue

La photographie infrarouge nécessite énormément de lumière. D’une part, car le filtre bloque une grande partie de la lumière, et d’autre part car ce sont les infrarouges, reflétés par la végétation, qui donnent le rendu « neige », sur la photo. Si il y a peu de lumière, les feuilles apparaîtront plutôt grises.

Si votre appareil photo possède un autofocus assez efficace, et qu’il y a beaucoup de lumière, peut être que vous pourrez faire la mise au point en automatique. Ce qu’il faut savoir, c’est que lorsque vous aurez mis le filtre sur votre objectif, le viseur sera tout noir ! Je vous conseille donc de faire votre cadrage et votre mise au point avant de monter le filtre. Vous pourrez ensuite visser le filtre en faisant attention à ne pas dérégler votre mise au point.

Il faut également savoir que la mise au point en infrarouge n’est pas exactement la même que dans la lumière visible. Pour en revenir aux vieux objectifs dont je vous ai parlé au début, certains ont un repère pour cette mise au point décalée !

Concernant la balance des blancs, je préfère la faire depuis l’ordinateur, mais si vous faites partie des gens qui aiment le faire directement à la prise de vue, vous pourrez la faire manuellement en prenant un point sur de l’herbe ou du feuillage bien vert.

Je ne dirai pas grand chose sur l’exposition, car c’est assez variable. Le filtre bloquant beaucoup de lumière, la cellule sera un peu perdue. Une bonne technique est de régler l’exposition sans le filtre, puis de la multiplier par 2000 ou 2500, afin de calculer l’exposition avec le filtre (valable pour les filtres qui bloquent en dessous de 720nm comme le Hoya R72).

Prenons un exemple, mon appareil m’indique, sans filtre, un temps d’exposition de 1/200, avec le filtre, il me faudra un temps d’environ 1/200 multiplié par 2000, soit 10 secondes d’exposition.

Avec un peu de pratique, vous verrez que ce n’est pas si compliqué. Si vous ne voulez pas vous prendre la tête avec des calculs, je ne peux que vous conseiller d’essayer différentes vitesses d’exposition, tout simplement.

  • Le traitement

C’est presque la partie la plus importante de ce type de photo, le passage par un logiciel adapté est obligatoire ! Je vous conseille vivement de travailler au format RAW (Pourquoi le format RAW ?) pour ce type de prise de vue, à mon sens, c’est obligatoire.

Voici un lien pour télécharger l’image au format RAW et vous entrainer, en suivant pas à pas le traitement.

Le procédé de traitement a été mis au point par Yann Philippe, retoucheur professionnel et professeur de retouche chez Les Gobelins, rédacteur pour le site Infrarouge.photo

Bdb

Voici l’image ouverte dans Lightroom. Un logiciel que je vous conseille vivement si vous ne l’avez pas. Vous pouvez faire la balance des blancs en utilisant la pipette disponible dans le volet des réglages de bases. Il suffit de cliquer sur une zone qui doit être blanche, donc dans notre cas, la végétation.

avec bdb

Voici l’image telle qu’elle devrait apparaître une fois la balance des blancs équilibrée.

ouverture photoshop

Il faut maintenant ouvrir la photo dans photoshop.

Melangeur

Aller dans « Image » puis « Réglages » puis « mélangeur de couches »

On procède maintenant à l’inversion de la couche de rouge et de bleu.

Rouge

Dans le mélangeur de couches, sur la couche de rouge, mettre le rouge à 0% et le bleu à 100%.

bleu

Dans la couche de bleu, mettre le bleu à 0% et le rouge à 100%. Les couleurs caractéristiques de l’infrarouge commencent à apparaître.

Une petite variante que j’aime bien pour avoir des blancs plus blancs que Blanc, faite également une inversion des couleurs dans la couche de vert comme suit : Rouge: 50% Vert: 0%  Bleu: 50% (en plus des réglages précédent)

Le gros du travail est maintenant fait. Il ne reste plus que la luminosité, le contraste, la netteté, à régler.

Saturation

Comme vous l’avez vu sur la photo précédente, les arbres apparaissent encore un peu roses, vous pouvez choisir soit de les laisser roses, pour donner un certain style à l’image soit de les désaturer pour qu’ils apparaissent blancs comme neige.

Teinte ciel

Tel qu’il est, le ciel est un peu vert, on va donc modifier un peu sa teinte dans le panneau Teinte, Saturation, Luminance.

Saturation ciel

On peut ensuite régler la saturation du ciel, toujours dans le même panneau.

Ajustement

Et pour terminer, ajuster les paramètres généraux, comme l’exposition, la clarté, les contrastes…

Nous voici à la fin de cet article, j’espère qu’il vous a plu, et que vous allez surmonter votre peur de la photographie infrarouge. Si vous avez des questions ou des suggestions, n’hésitez pas à réagir dans les commentaires.

Comme promis, en bonus, quelques photos du défiltrage d’un Sony Alpha 200:

App-06851

L’intérieur de l’appareil photo, juste après avoir démonté le dos. On voit la carte mère.

Appareil photo-06884

Une fois que toutes les nappes sont débranchées, on peut retirer la carte mère. On voit cette plaque en métal qu’il faut enlever pour accéder au capteur.

Appareil photo-06886

La plaque de métal est retirée, on voit à nouveau un petit circuit imprimé, c’est celui du capteur.

Appareil photo-06887

Le capteur est retiré, on voit les rideaux de l’obturateur.

Appareil photo-06888

Voici le capteur en question.

Appareil photo-06891

On peut voir un empilement de filtres devant le capteur. Ici, il y en a 4. Les deux premiers sont le filtre anti-IR, et le filtre passe bas. Ce sont ces deux qu’il faut enlever. Personnellement, j’ai été obligé d’enlever les 4 filtres, le capteur de mon alpha 200 est donc « à nu » sans protection, ce qui n’est vraiment pas l’idéal. De plus j’ai perdu la mise en point à l’infini, je vous conseille donc de trouver de bon tutoriel, ou de faire faire le défiltrage chez un professionnel.

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7 réflexions sur “La photo infrarouge en numérique

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  2. Bonjour, Clément à quoi peut servir le dé-filtrage ? ma question est peut-être un peu bête, mais je cherche le but de cette opération à cœur ouvert. Merci

    • Bonjour Nico,
      C’est une très bonne question !
      Par nature, les capteurs photo sont très sensibles aux infrarouges. Les capteurs d’appareils « standards » ont donc un filtre anti – infrarouge. Pour faire de la photo infrarouge, on a besoin uniquement des rayonnements infrarouge. Le filtre IR72 empêche la lumière visible et les UVs de passer. Il ne laisse passer que ce qui les longueurs d’ondes au dessus de 720 nm (donc une toute petite partie du visible et les infrarouges).

      Tu comprendras donc que d’un coté (celui du filtre R72) on ne laisse passer que des IRs et de l’autre (celui du filtre du capteur), on les empêche de passer.

      Au final, c’est très peu de lumière qui passe, et donc les temps d’exposition nécessaires sont très longs. En enlevant le filtre de l’appareil, plus de lumière passe, et les temps d’exposition sont donc plus courts (permettant d’explorer d’autres sujets comme le portrait par exemple !).

      A bientôt

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